Samedi 11 octobre 2008

Jean-Pierre Bernat est intervenu le 23 septembre au Club IES pour une conférence sur l’historique de l’IE. Il nous a laissé la liberté d’utiliser son texte. Le paragraphe ci-dessous correspond à la quatrième partie (sur 8).

 

Richelieu et le Père Joseph

 

Progressons dans le temps pour parvenir vers les années 1600 qui, en France, virent la montée en puissance d'Armand Jean du Plessis plus communément connu sous son titre de Cardinal de Richelieu. Cette irrésistible ascension s'appuya sur deux outils efficaces:

- d'une part une "brigade de courtisane" (à l'image de ce qui avait merveilleusement fonctionné à Venise) mais ici non pas orientée vers le domaine du commerce mais plutôt vers celui de la politique);

- et d'autre part grâce à l'établissement d'une "éminence grise" le fameux Père Joseph.

 

Né en 1577 dans une vieille famille de robe, François Le Clerc du Tremblay porte le nom de Père Joseph de Paris depuis son entrée chez les frères mineurs capucins en 1599 et son ordination en 1604. Après une éducation très poussée, notamment au collège de Boncourt où il fut le condisciple de Bérulle, un séjour à la cour et une campagne militaire qui le conduisit au siège d'Amiens, il fut introduit par Bérulle dans un des foyers religieux de la capitale, l'hôtel de Mme Acarie, centre d'une effervescence spirituelle qui joua un rôle décisif dans sa rupture avec le monde.

 

A la fois mystique et homme d'action, il manifesta une activité débordante, organisant des missions dans les provinces de l'Ouest gagnées au calvinisme, réformant l'abbaye de Fontevrault et l'ordre tout entier, fondant en 1606 la Congrégation des filles du Calvaire. Mais sa préoccupation centrale fut la croisade contre les Turcs, qu'il célébra dans un long poème en vers latins, la Turciade. Cette croisade de toute la chrétienté, unie sous les auspices et la direction de la France pour chasser d'Europe le Musulman et reprendre les Lieux Saints, fut le but principal de sa vie publique entre 1616 et 1625, l'amenant à conduire maintes missions diplomatiques et à s'associer au duc de Nevers, héritier des Paléologues, pour lancer une alliance chrétienne. Ce projet échoua, mais l'idée persista sous une autre forme, et la création des missions capucines dans l'Empire ottoman en 1625 marqua le passage de l'action militaire à l'action pacifique de l'apostolat. Dès l'année précédente et jusqu'à sa mort en 1638, il fut le collaborateur attitré de Richelieu et partagea avec lui le pouvoir tout en restant dans l'ombre ce qui lui valut le surnom d'Eminence grise.

 

 En charge principalement de la diplomatie, il s'appuya sur un service de renseignements bien organisé, préparant les projets, conduisant les négociations, intervenant dans les différents épisodes de la « guerre couverte » qui opposait la France aux Habsbourgs dans les années 1620.

 

Napoléon le battant, battu par sa propre stratégie

 

La compétition franco-anglaise remonte à des temps anciens. Les conflits armés se doublant de conflits économiques, la guerre était souvent le moyen d'accéder à de nouveaux marchés ou à de nouvelles sources de production. Prenons un exemple celui du tricotage.

 

En 1589 un anglais, le pasteur William Lee invente le premier métier à tricoter mais, ne pouvant obtenir de la reine Elisabeth de privilège pour créer une manufacture il s'expatrie en France et s'établit avec son frère et six compagnons à Rouen pour développer sous la protection du roi Henri IV cette nouvelle activité. Las, l'assassinat du roi fait rapidement tomber en désuétude ces essais, qui se développèrent outre-manche à un point tel que le gouvernement décida de s'assurer du monopole du tricotage mécanique en interdisant, sous peine de poursuites très sévères l'exportation des métiers. En France Colbert convaincu de l'importance de cette technique, envoya secrètement Jean Hindret en Grande-Bretagne, et son espionnage industriel fut efficace puisqu'il rapporta les secrets du métier à bras et que Louis XIV créa en 1656, sa première manufacture française de bonneterie.

 

Mais ce qui dopa la créativité nationale fut l'opposition généralisée de l'Europe vis-à-vis des visées expansionnistes napoléoniennes. Ces tensions amenèrent les belligérants à générer le fameux blocus continental dont le but était bien évidemment de s'affaiblir mutuellement par un isolement généralisé. Instrument principal de la lutte conduite par Napoléon 1er contre l'Angleterre, le blocus continental amena dans toute l'Europe des perturbations profondes. Bien que son étanchéité n'ait jamais été absolue, il failli ruiner l'économie britannique et provoqua en Angleterre de très graves désordres sociaux. Mais son extension à l'ensemble des pays de l'Europe continentale étant la condition de son efficacité ce fut aussi une des raisons qui entraînèrent l'Empereur à poursuivre sans fin sa politique d'intervention, et qui contribua ainsi à l'effondrement militaire de la France à la suite des deux conflits fatals que furent les guerres d'Espagne et de Russie.

 


Jean-Pierre Bernat

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Voir les autres paragraphes :

1.       Sun Tzu : l'ancêtre commun

2.       Attila : le bouillant conquérant & La ligue hanséatique

3.       Musashi : le penseur & Venise la sérénissime

4.       Richelieu et le Père Joseph & Napoléon le battant, battu par sa propre stratégie

5.       L'Angleterre victorienne

6.       Mao la réactualisation de la stratégie chinoise

7.       De la guerre par l'information à la guerre de l'information

8.       L'art pour l'art : l'hyper connectivité

par Jerome Bondu publié dans : Intelligence Economique communauté : Veille stratégique
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Vendredi 10 octobre 2008

Jean-Pierre Bernat est intervenu le 23 septembre au Club IES pour une conférence sur l’historique de l’IE. Il nous a laissé la liberté d’utiliser son texte. Le paragraphe ci-dessous correspond à la troisième partie (sur 8).

Musashi : le penseur

 

Escrimeur le plus célèbre du japon, Miyamoto Musashi (1584-1645) est contemporain de d'Artagnan et aussi, sinon plus, célèbre que ce mousquetaire. Pour information sa biographie romancée s'est vendue au Japon à plus de 120 millions d'exemplaires.

 

Après une jeunesse tumultueuse au cours de laquelle ce samouraï rédige ses "Trente cinq leçons de tactique" c'est vers la fin de sa vie qu'il se retire sur la montagne Kimpô et trouve le calme nécessaire pour écrire son fameux "Gorin-no-Sho" (Ecrits sur les cinq roues). Le titre de cet ouvrage se réfère à une symbolique d'origine bouddhiste : la roue symbole traditionnel, le nombre cinq renvoyant aux cinq éléments de la cosmologie bouddhiste qui représentent la nature entière et figurent les étapes du progrès spirituel. Il y développe sa philosophie de la tactique fondée sur une vie basée sur la pratique de l'escrime et du combat armé.

 

L'escrime y est analysée comme exercice d'habileté, de vitesse et de maîtrise de soi et vise à obtenir cette libération de l'esprit qui seule garantit le succès non seulement dans les arts martiaux mais dans tous les domaines des arts, y compris dans celui des arts du management. C'est pour cette approche qu'il demeure une référence des managers japonais.

 

Venise la sérénissime

 

Venise, et par delà l'Italie sont restées présentes dans l'esprit des gens par des oeuvres majeures dont la plus accomplie reste "Le prince" ouvrage écrit Par Nicolas Machiavel de juillet à décembre 1513, alors qu'exilé en ses terres de San Casciano, à une dizaine de kilomètres de Florence il supporte difficilement cet isolement. Il dédie cet ouvrage à son maître Laurent de Médicis.

 

Dans cette vision et après avoir classé les Etats selon leurs types (démocraties,..) Machiavel examine comment les conquérir et surtout les conserver. C'est d'ailleurs le principal mérite de cet ouvrage, s'éloignant des traités utopiques qui dans la lignée de "La République" de Platon ne cessaient de décrire un état idéal. Il essaye de développer une vision lucide, faite de tensions, de compétitions et de luttes plus ou moins loyales, entre les différents princes italiens et en tire une suite de méthodologies propres à rendre plus efficaces les visées de ces princes.

 

Ces "théories" furent reprises et mises en application par la sérénissime république de Venise où les doges organisèrent la collecte et le traitement de l'information - via une cohorte de prostituées - dont l'objectif assigné était de capter le maximum d'informations auprès des marchands étrangers de passage pour affaire dans la capitale, en une quasi religion d'état au seul but de conforter et d'étendre la puissance commerciale de l'empire vénitien sur l'ensemble des territoires alors connus.

 

Dans le même esprit on trouve également "Le livre du courtisan" de Baldassar Castiglione. Résultat d'un travail de quinze ans et publié à Venise en 1528 quelques mois avant la mort de son auteur cet ouvrage connu un succès immédiat et durable qu'attestent les dizaines de traductions et de rééditions.

 

Même s'il est de peu d'intérêt direct dans l'esprit de notre propos, il en reste utile car il est à l'origine de "L'art de la prudence" de Baltasar Gracian qui s'inspira pour rédiger son ouvrage des deux "classiques" de l'époque à savoir les écrits de Machiavel et de Castiglione.

 

Cet ouvrage vise à formuler pour le lecteur un manuel pratique pour l'aider à vivre sans se perdre dans un monde dont les conjonctures, toujours changeantes et relatives, exigent une capacité d'adaptation infinie.

 

 


Jean-Pierre Bernat

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Voir les autres paragraphes :

1.       Sun Tzu : l'ancêtre commun

2.       Attila : le bouillant conquérant & La ligue hanséatique

3.       Musashi : le penseur & Venise la sérénissime

4.       Richelieu et le Père Joseph & Napoléon le battant, battu par sa propre stratégie

5.       L'Angleterre victorienne

6.       Mao la réactualisation de la stratégie chinoise

7.       De la guerre par l'information à la guerre de l'information

8.       L'art pour l'art : l'hyper connectivité

par Jerome Bondu publié dans : Intelligence Economique communauté : Veille stratégique
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Jeudi 9 octobre 2008

Jean-Pierre Bernat est intervenu le 23 septembre au Club IES pour une conférence sur l’historique de l’IE. Il nous a laissé la liberté d’utiliser son texte. Le paragraphe ci-dessous correspond à la seconde partie (sur 8).

 

Attila : le bouillant conquérant

 

On ne sait rien de sûr au sujet des Huns avant la fin du IIe siècle. Ce peuple nomadise alors dans la steppe au nord du Caucase. Après 425 un empire hunnique commence à prendre consistance sur le Danube moyen, quelques scribes romains passent à son service. Mais c'est surtout l'oeuvre d'Attila, dont le nom est germanique, et qui règne de 434 à 453, qui marque cette civilisation.

 

Ce souverain, loin d'être le barbare sans frein que l'on a souvent décrit, exploite avec une remarquable intelligence les dissensions du monde romain, dont il est bien informé. Jusqu'en 449, ses raids presque annuels se tournent surtout vers l'empire de l'Orient; ils ruinent presque toutes les villes de l'intérieur des Balkans et rapportent un immense butin.

 

A partir de 450, Attila se jette plus brutalement sur l'Occident abasourdi. En 451 il franchit le Rhin aux environs de Mayence, ravage la Gaule de l'Est, pousse devant Orléans, qu'il ne peut enlever; au retour, il est battu par le "maître de la milice" le romain Aetius et ses auxiliaires gothiques, en Champagne, aux champs catalauniques. En 452, un second raid le dirige vers l'Italie, la plaine du Pô est dévastée, mais après une entrevue avec le pape Léon le Grand, Attila fait demi-tour et rentre en Hongrie, peut-être rappelé par les affaires d'Orient. Il meurt peu après.

 

La ligue hanséatique

 

Image d'un des puissants réseaux visant à contrecarrer la puissance vénitienne. Les commerçants de villes telles que Hambourg, Brême, Lubeck colportent dans ces régions laines et peaux de Russie, dentelles et draps d'Angleterre, huiles scandinaves et se regroupent vers 1250 pour former la puissante Ligue hanséatique, syndicat professionnel chargé d'assurer la défense commune des villes membres contre les "pillards de mer et de terre". Cette ligue acquiert de fait une indépendance quasi-totale vis-à-vis des autorités terrestres (indépendance qu'elle conservera jusqu'au XVe siècle).

 

Le commerce maritime de la Ligue est étroitement réglementé et ce n'est qu'en des occasions spéciales, les "foires franches" (telle la foire de Bruges), que les échanges libres sont possibles avec les autres commerçants. C'est au cours de ces foires notamment, que s'entretiennent des relations avec les puissantes cités maritimes italiennes qui fournissent à la Ligue les produits de l'Orient, car Venise, Gênes et Pise, grandes bénéficiaires des croisades, dominent totalement le commerce maritime de la Méditerranée du XIIIe siècle, depuis que Byzance s'est enlisée dans ses luttes contre les arabes.

 

On peut noter que si la Suède réussi assez tôt à se libérer du joug de la Ligue hanséatique, elle en a gardé l'approche méthodologique pour favoriser le développement de son commerce.

 

Du fait de sa position géographique à la limite de l’Atlantique nord et du nord-ouest de la Russie, elle a dû forger une stratégie économique tenant compte de la fragilité de sa position géoéconomique. Comme elle ne pouvait avoir un rapport de forces direct avec des puissances mondiales comme les Etats-Unis ou l’ex-URSS, ni même avec ses voisins allemands, c’est dans la perspicacité et la diplomatie que résidât pour ce pays une voie de développement adaptée. La Suède a tiré de cette attitude le surnom de « petit Japon d’Europe », en compensant les handicaps géoéconomiques par un développement fondé sur une ingénierie stratégique de l’information.

 

Qu'on en juge par ces chiffres : 35 des 100 premières sociétés suédoises concentrent plus de 80 % de leur chiffre d’affaires à l’Export. Une immense partie de la population parle deux, voire trois langues et l’éducation nationale y est performante (3 % d’illettrés en Suède contre 20 % aux Etats-Unis). Un tiers de la population adulte suit des cours de formation permanente. L’existence de plus de 100 journaux paraissant au moins quatre fois par semaine participent à une circulation rapide de l’information. Ce qui comparativement représente le triple du marche américain pour un pays de la taille de la Floride, et constitue en matière d’information un marché trois fois plus important que celui des Etats-Unis. Dès le XVIIIe siècle, un journal intitulé « Den Göteborg Spionen » publié dans la ville de Göteborg, relatait régulièrement les découvertes faites en Europe par les marchands et les commis-voyageurs suédois.

 

Ainsi furent introduits en Suède les procédés de fabrication de la porcelaine, et de nombreux biens marchands. Au lendemain de la seconde guerre mondiale, la Suède, favorable à une approche pragmatique de la situation internationale, choisit une politique globale de défense. Ce pays à la charnière des deux blocs a donc développé un modèle de compromis fondé sur l’hégémonie de la social-démocratie, où 30 % de la population active appartient au secteur public et où la sécurité économique est considérée comme une priorité. Pour atteindre cet objectif, les autorités suédoises ont pratiqué une politique de concertation entre les milieux politiques, sociaux, et économiques. En outre, le nombre de citoyens nés en dehors de Suède est encore aujourd’hui très marginal. Cette caractéristique renforce la cohésion culturelle de la population. Les nombreuses conquêtes, reprises et pertes de territoires favorisent le développement d’une certaine culture du secret. Ces fondements historiques et culturels facilitent la formation de partenariats d’entreprises ainsi qu’une coopération entre patronat et syndicats devenue légendaire dans les années soixante-dix. L’exiguïté du territoire fait que les chefs d’entreprises connaissent souvent leurs homologues pour avoir été à l’armée avec eux ou pour avoir partagé les

mêmes bancs universitaires.

 

Jean-Pierre Bernat 
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Voir les autres paragraphes :

1.       Sun Tzu : l'ancêtre commun

2.       Attila : le bouillant conquérant & La ligue hanséatique

3.       Musashi : le penseur & Venise la sérénissime

4.       Richelieu et le Père Joseph & Napoléon le battant, battu par sa propre stratégie

5.       L'Angleterre victorienne

6.       Mao la réactualisation de la stratégie chinoise

7.       De la guerre par l'information à la guerre de l'information

8.       L'art pour l'art : l'hyper connectivité

par Jerome Bondu publié dans : Intelligence Economique communauté : Veille stratégique
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Mercredi 8 octobre 2008

Jean-Pierre Bernat est intervenu le 23 septembre au Club IES pour une conférence sur l’historique de l’IE. Il nous a laissé la liberté d’utiliser son texte.

Compte tenu de sa taille et de sa densité, je vais le poster en 8 parties :
1.
      
Sun Tzu : l'ancêtre commun
2.       Attila : le bouillant conquérant & La ligue hanséatique
3.       Musashi : le penseur & Venise la sérénissime
4.       Richelieu et le Père Joseph & Napoléon le battant, battu par sa propre stratégie
5.       L'Angleterre victorienne
6.       Mao la réactualisation de la stratégie chinoise
7.       De la guerre par l'information à la guerre de l'information
8.       L'art pour l'art : l'hyper connectivité

 

Bonne lecture

Jérôme Bondu

 

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Petite histoire de l’intelligence économique - Evolution de la stratégie au fil du temps – 1er partie

Par Jean-Pierre Bernat

Chargé de mission « veille stratégique »

Délégation à la Valorisation de la Recherche

CIRAD - Montpellier

 

 

L'intelligence économique (et ses nombreux avatars) semble avoir enfin pris racine dans notre culture nationale et, passant du "Rapport Martre" au "Rapport Carayon", elle entre d'une phase descriptive et prospective dans une phase structurante et proactive.

 

Dès lors apparaît la question logique : à quand remonte le concept même d'intelligence économique et qui peut logiquement en revendiquer la paternité?

 

Si pour ce que nous conviendront d'appeler "l'intelligence économique moderne" par référence à la maintenant célèbre définition du rapport Martre il semble que la réponse soit relativement simple à formuler. On trouve en effet trace des premières considérations sur l'importance de l'information de type décisionnel dans les travaux des économistes américains comme Peter Drucker ou J.F Rockart vers le milieu du siècle passé (plus précisément vers les années 70), elle semble beaucoup plus ardue pour ce qui est de la philosophie même de la décision stratégique, puisque force est de constater que l'application au monde de l'économie, et plus particulièrement à celui de l'économie industrielle, elle constitue une application des théories militaires sur la notion de l'utilisation stratégique de l'information comme facteur visant à réduire un risque et par là comme outil d'accompagnement d'une tactique basée sur le mouvement.

 

Sun Tzu : l'ancêtre commun

 

A tout seigneur, tout honneur, on ne peut aborder le monde de l'intelligence économique sans entendre parler de Sun Tzu (parfois orthographié Sun Zi, voire Sun Tsé), et de son ouvrage de référence "L'art de la guerre" dont la principale traduction française est due à Jean-Jacques Amiot.

 

Une réflexion sur la guerre pris naissance à l'époque chinoise dite des "royaumes combattants" (Ve-IIIe siècles avant Jésus-Christ). Parmi ceux-ci le plus ancien semble être un manuel de stratégie rédigé en "treize articles" (comprendre chapitres) rédigé vraisemblablement entre les Ve et le IVe siècle et attribué à un certain Sun Zi. Très tôt ce texte fut à l'origine de nombreux commentaires, résultat de sa notoriété. Cette notoriété s'étendit au Japon, en Corée, pour atteindre la France en 1772 grâce aux travaux du jésuite sinologue le Père Amiot.

 

Traitant de la guerre de conquête Sun Zi y développe des embryons de théorie dans lesquels il est dit que la guerre n'est pas le fruit du hasard ou de la fatalité mais un processus qui évolue en fonction du seul rapport de force qu'il met en jeu. Le déroulement d'un conflit obéit alors à une nécessité interne qu'on peut logiquement prévoir, donc parfaitement gérer. Cette gestion se fonde sur une utilisation rationnelle et économe des troupes.

 

Pour soumettre l'adversaire il faut une combinaison de ruse, de surprise et de démoralisation, d'où l'importance de la guerre psychologique, des rumeurs et de l'intoxication afin de susciter le désordre et la confusion chez l'ennemi.

 

Le point fort de cette pensée stratégique est de réduire au minimum l'engagement armé (coûteux et aléatoire) en travaillant au niveau d'un stade antérieur à la détermination des événements – l'idéal étant de vaincre sans avoir à engager le combat!

 

On y voit les prémices de l'analyse des signaux précoces d'alerte.

 

Quelques retombées asiatiques de cette approche

 

On doit tout d'abord citer "Le Tao du Prince" qui réunit les oeuvres du philosophe chinois de IIIe siècle avant notre ère, Han Fei, et qui est l'un des textes les plus importants de l'histoire de la pensée politique chinoise et sans doute mondiale. Il se place aux cotés des grands classiques que sont "la République" de Platon ou "Le Prince" de Machiavel.

 

Le programme qu'il contient a été appliqué à la lettre par un empereur, Qin Shihuang qui régnât au IIIe siècle sur un territoire aussi vaste que l'Europe.

 

Dans le même esprit, mais de façon un peu plus tardive, on note que, selon la coutume, en Chine lorsque les dieux veulent aider un mortel qui a eu l'heur de leur plaire, ils lui offrent parfois un livre de stratégie.

 

Les "Trente-six Stratagèmes" en font partie. Ils résument les principes essentiels de l'art politique chinois.

 

Organisé en six recueils consacrés à chaque type de batailles – offensives, indécises ou même perdues – il sert également de guide dans le labyrinthe de la vie quotidienne et dans toutes les situations de conflit. Cette petite encyclopédie composée sous la dynastie des Ming (1368-1644) fut retrouvée par hasard en 1941 dans la province de Shaanxi, et, après avoir été interdit par Mao Zedong, ce livre est devenu dans les années 70 un best-seller, utilisé comme manuel de stratégie dans le monde des affaires et comme bréviaire de l'art de vivre.



Jean-Pierre Bernat

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Voir les autres paragraphes :

1.       Sun Tzu : l'ancêtre commun

2.       Attila : le bouillant conquérant & La ligue hanséatique

3.       Musashi : le penseur & Venise la sérénissime

4.       Richelieu et le Père Joseph & Napoléon le battant, battu par sa propre stratégie

5.       L'Angleterre victorienne

6.       Mao la réactualisation de la stratégie chinoise

7.       De la guerre par l'information à la guerre de l'information

8.       L'art pour l'art : l'hyper connectivité

 

par Jerome Bondu publié dans : Intelligence Economique communauté : Veille stratégique
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Lundi 6 octobre 2008

Mardi 21 octobre 2008 à 19H15, le Club IES – AAE IAE de Paris vous invite à la conférence-débat :

 


E-REPUTATION
Comment analyser votre image numérique ?
Animé par Christophe Asselin & Jérôme Bondu



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THEME
- Quelles sont les opportunités & les dangers de l’internet, dans le cadre de la promotion et de la protection d’une notoriété (pour une entreprise, une marque, une personne, …) ?
- Comment analyser votre image numérique ?
- Comment la défendre et la promouvoir ?

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INTERVENANT
Christophe Asselin, consultant senior chez Digimind, est un expert reconnu en intelligence économique, outils de recherche sur internet, et solutions avancées de veille.
Il édite le site Intelligence-Center
et le blog inFLUX.
Il est auteur d'ouvrages spécialisés. Le dernier en date : « Réputation Internet : Ecoutez et Analysez le buzz digital »

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DÉROULEMENT DE LA SOIRÉE
19h15 - 19h30 : Accueil des participants  
19h30 - 20h30 : Présentation par Jérôme Bondu et Christophe Asselin
20h30 - 21h00 : Débat avec la salle   
21h00 – 21h50 : Cocktail dînatoire

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LIEU
Amphithéâtre de l’IAE de Paris - 21 rue Broca Paris 5ème
M° Censier Daubenton (ligne 7) - Plan d’accès.


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INSCRIPTION OBLIGATOIRE
Inscription uniquement en ligne.

Tarif unique 10 euros (paiement en ligne ou par chèque).

Jérôme Bondu
Président du Club IES
Consultant indépendant en intelligence économique

 

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